Ceux qui partent, ceux qui restent

Dans le petit monde du sport canadien, qui n’a pas été surpris de la retraite du patinage de vitesse de Samuel Girard? Champion olympique, athlète dans la fleur de l’âge, talentueux comme peu le sont avec un avenir en or quasi assuré. Faudrait avoir perdu la tête pour quitter l’aventure alors qu’on est finalement assis dans le siège si longtemps convoité du 1er de classe, n’est-ce pas?

Pour être bien honnête avec vous, non. Pas tant que ça. Ça prend une tête solide pour prendre ce genre de décision. Le chemin facile aurait été de continuer, parce que tout pointait dans cette direction. Les coachs, les fans, les journalistes, et il y a fort à parier que le chef du marketing aussi. Ça vend, des médailles d’or.

Pourtant, Samuel ne s’y voyait plus. Qui peut le blâmer? Après tout, son rêve d’enfance était déjà réalisé à l’âge de 21 ans! Pas besoin de se retaper les qualifications, les entraînements à haute intensité qui donnent le goût de vomir, la vie de moine 11 mois par année. Sans parler du fait que les jeux reviennent aux quatre ans. Pourchasser un rêve lorsqu’il se pointe une fois aux 4 ans, ça peut être long. Imaginez quand on réussit du 1er coup. Le jackpot.

Le reste c’est du gravy. Je reste si ça me tente. Sinon, vous savez quoi? Been there, done that. Ciao la gang. Et personne ne va jamais pouvoir t’enlever ta médaille. C’est la beauté de la chose. Peu importe ce que tu vas réussir ou échouer dans le reste de ta vie, tu seras pour toujours un champion olympique dans la tête des gens, et dans la tienne aussi. C’est très sécurisant comme sentiment.

Mais. Il y a toujours un mais. 

Mais ceux qui décident de rester après les succès? Kim Boutin, triple médaillée à ses 1ers jeux, toujours active. Charles Hamelin, 36 ans, quintuple médaillé et toujours actif. Comment dure-t-on deux, trois ou même quatre cycles olympiques? Oui, il y a le plaisir à faire ce qu’on fait, mais la réponse est plus complexe. Existe-t-elle simplement? Chacun doit trouver sa recette pour durer. 

Bien que pour Charles l’idée de quitter ne lui ait jamais effleurée l’esprit, la chose fut plus difficile pour Kim. Le succès flamboyant des jeux de Pyeongchang, le tourbillon médiatique, tomber dans un rôle de vétéran et modèle pour les jeunes du jour au lendemain, c’était peut-être beaucoup. Elle dû chercher et se demander si elle avait le gout de continuer, et si oui, dans quelles conditions. Après autant de succès, c’est quoi le prochain défi?

J’ai vu beaucoup d’athlètes quitter sans se poser les bonnes questions, ou rester sans trop savoir pourquoi. Je suis admiratif de ceux qui vont au fond de la question et font les choses pour les bonnes raisons. Pour ne citer qu’elle en exemple, Kim en est un parfait. 

Sa solution : profiter de la saison estivale pour aller patiner avec les meilleurs au monde dans la Mecque du patinage de vitesse aux Pays-Bas. Son premier constat fut sans équivoque. Les athlètes canadiens ont tout ce qu’ils désirent pour réussir. Rien à envier aux autres que ce soit au niveau de l’encadrement professionnel ou des infrastructures. Nous évoluons dans un environnement privilégié, il faut parfois se le rappeler. Deuxième constat, être un modèle pour les autres est une motivation sans pareille pour se dépasser tous les jours. Partie pour 2 semaines, elle est revenue après une. C’était réglé.

Kim ira bruler les podiums pour une année de plus. Admirons là pour avoir questionné ses motivations et d’en avoir trouvé des nouvelles. Grâce à ce questionnement, nous aurons job facile d’applaudir ses prochains succès.

Samuel a décidé de quitter le patin, et Kim a décidé de rester. Qui a raison? 

My two cents : les deux.  Je les admire pour la même raison : leur sagesse.

Francois-Louis Tremblay

Francois-Louis Tremblay

Chroniqueur - surglace.ca

Patineur de vitesse courte piste à la retraite depuis 2013. Il a participé aux Jeux Olympique de 2002, 2006 et 2010. Il est l’homme le plus médaillé de l’histoire des jeux d’hiver ex aequo avec Charles Hamelin et Marc Gagnon avec 5 médailles.

Qui surveiller pour la saison 2019-2020

Qui surveiller pour la saison 2019-2020

Les coupes du monde en courte piste sont sur le point de débuter et surglace.ca a pensé vous offrir un avant-goût des patineurs à surveiller en cette saison 2019-2020. Les Canadiens Les meilleurs patineurs canadiens ont récemment démontré toute l’ampleur de leur...

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Le tourbillon des qualifications canadiennes, ça passe ou ça casse

La saison des compétitions en courte piste est sur le point de débuter et c’est cette fin de semaine qu’on aura la chance de revoir les meilleurs athlètes au pays se mesurer les uns aux autres dans une compétition avec un réel enjeu! Alors que les stratégies ont été testées à l’occasion d’une compétition provinciale du circuit Élite la fin de semaine dernière, ils sont fin prêts.

Rien de tel pour commencer une saison qu’une compétition en famille, entre Canadiens, afin de déterminer qui aura le droit de parcourir la planète afin de briller sur la scène internationale pour la saison 2019-2020.

Ah, ces fameuses qualifications canadiennes. Ce moment de l’année où on met cartes sur table. Les qualités démontrées en entraînement seront certes un indicateur à savoir qui surveiller. Mais quiconque a déjà assisté à cette compétition sait trop bien à quel point elle peut être crève-cœur. Les performances hallucinantes d’un tel en camp d’entraînement ne lui serviront à rien si le stress l’emporte. Et à l’inverse, un patineur au sens aiguisé de la course peut s’en sortir beaucoup mieux que peuvent le laisser présager ses capacités en entraînement. Évidemment la clé est de combiner les deux, plus facile à dire qu’à faire. Je peux en témoigner.

Ceux qui me connaissent savent à quel point ces qualifications canadiennes qui reviennent annuellement m’ont profondément marqué. Et pour cause! Ici, tout se joue. Une chute dans ta distance de prédilection et ouf… ça se complique mon ami. L’opportunité rêvée et / ou attendue de rivaliser avec les autres pays peut s’envoler l’instant de déposer le patin au mauvais endroit. Une chute, un mauvais dépassement, une stratégie mal exécutée ou un grain de sable laissé par la zamboni en plein milieu du virage peut bousiller le reste de ta saison.

…Une victoire… et c’est l’apothéose. Que de stress qui tombe et de sourires qui apparaissent.

Pourtant tout ceci n’est que le début et on est encore loin d’une victoire aux mondiaux. Vous ne rêverez pas, les cris de joie seront bien réels à la ligne d’arrivée de chacune des grandes finales prévues au programme ce weekend.

Bienvenue dans le tourbillon des « qualifs ». Ce moment charnière de la saison.

Les choses ont évoluées rapidement en courte piste ces derniers mois. On n’a qu’à penser aux départs de Samuel Girard, de Charle Cournoyer, de Kassandra Bradette ou de l’entraîneur en chef Éric Bédard, et j’en passe. La saison 2019 sera donc différente de tout ce qu’on a vu dans le passé. Et justement, avec tout ce mouvement de personnel, voici un aperçu de quoi surveiller cette fin de semaine à l’aréna Maurice-Richard.

Du côté des femmes, on s’attend de toute évidence à voir briller la championne et meneuse d’équipe Kim Boutin. Ses performances en 2moitié de saison l’année dernière démontrent qu’elle n’a pas l’intention de ralentir. Elle ne sera toutefois pas seule, une pléiade de nouveaux talents ont fait leur apparition l’année dernière. Les performances impressionnantes d’Alyson Charles et Courtney Sarault en coupe du monde ont fait tourner les têtes. Sauront-elles continuer leurs ascensions? 

D’autres auront une 2chance de revenir au plus chaud de la bataille. Par exemple, Camille Rainville qui revient d’une opération à la cheville aura l’occasion de démontrer tout le chemin parcouru depuis son retour sur glace. Ou encore Genève Bélanger ayant passé de durs moments à sortir du marasme du surentraînement pourrait fort être la surprise du weekend.

Du côté masculin, l’absence de Samuel Girard aura peut-être laissé des marques au sein du groupe d’entraînement. Perdre une locomotive (et le terme est juste) comme Samuel ne peut que laisser un vide en entraînement. Et que dire de la blessure à la cheville de Charles Hamelin combinée à une blessure au genou l’ayant tenu à l’écart de l’entraînement une bonne partie de l’été. Il ne sera d’ailleurs pas de la compétition cette fin de semaine. La table est donc mise pour un renouveau au sein de l’équipe nationale. 

Il y a bien sûr les Steven Dubois et Pascal Dion, talents indéniables, qui devront pour une 1ere fois patiner en tant que leaders du groupe.  Certains comme Maxime Laoun après plusieurs années à être passé tout près du but sera affamé et prêt à saisir sa chance.

Si vous me cherchez, ce weekend je serai bien assis au fond de mon pas très confortable strapontin Maurice-Richardien à regarder les courses. Si les Olympiques restent à jamais l’événement le plus marquant d’une carrière, une victoire aux qualifications demeure celui qui fait le plus de bien.

Bonne chance à tous. Game on.

Francois-Louis Tremblay

Francois-Louis Tremblay

Chroniqueur - surglace.ca

Patineur de vitesse courte piste à la retraite depuis 2013. Il a participé aux Jeux Olympique de 2002, 2006 et 2010. Il est l’homme le plus médaillé de l’histoire des jeux d’hiver ex aequo avec Charles Hamelin et Marc Gagnon avec 5 médailles.

Comment réussir votre Small Talk estival avec un patineur de vitesse

« As-tu commencé l’entrnement pour ton tournoi? » Cette question, on l’entend souvent quand on est un patineur de vitesse. On peut passer ça sur le dos du fait qu’au Québec, la culture du hockey l’emporte souvent sur le reste. Comme patineur, on s’y habitue. Un tournoi, c’est comme ça que s’appelle au hockey, une compétition. En patinage de vitesse, ça s’appelle … une compétition!

En ce mois d’août, voici un guide pour vous outiller davantage dans le but de faire du « small talk » avec votre interlocuteur patineur de vitesse sans le faire tiquer du coin de l’œil en soupirant poliment un « oui ». Alternativement, vous pourriez opter pour : « Comment va l’entraînement en vue de tes compétitions? »

Parce qu’il faut aussi savoir qu’au mois d’août, ils ne font pas que commencer à s’entraîner. La réalité est plutôt que les entraînements ont commencé il y a quatre mois! Au fait, quelques-uns d’entre eux ne sauraient vous dire s’ils ont commencé l’entraînement au mois d’avril 2019, ou de quelle année. Le hiatus de deux semaines qu’ont historiquement bénéficié annuellement les patineurs de l’équipe nationale peut, selon la personne, faire figure de simple interlude dans les multiples phases d’entraînement, ou de réelles vacances entre deux saisons.

Donc, en août 2019, Charles Hamelin a-t-il commencé son entraînement en vue des compétitions pour la saison? Oui, en 2005…

De manière plus sérieuse cette fois, à cette période de l’année, les patineurs sont-ils en forme de compétition oui ou non? Un patineur de l’équipe nationale commence typiquement l’année avec une période de 2 semaines à 1 mois de vacances à la suite de la dernière compétition de l’année (les championnats du monde pour les meilleurs au pays). Cette période se situe normalement fin mars ou début avril. Donc ceux qui rêvaient d’aller faire le tour des festivals au Québec pendant leurs vacances, faudra changer de carrière. On est ici plutôt dans les cabanes à sucre et les visites en familles pour profiter de ce qui reste du ski de printemps.

Le temps de se refaire une santé mentale à la hauteur de ce qu’on attend d’un athlète olympique (i.e. être capable de s’entraîner 10 x fois plus que ton voisin qui se vante d’avoir réussi son demi-marathon sans pour autant compter les dodos avant ta prochaine journée sans avoir mal aux jambes) et faire le plein d’amitiés laissées de côté pendant 11 mois. Puis hop. L’entraînement recommence. Celui-ci sera modulé selon les différents cycles d’entraînement, soit axé sur le volume (de très long entraînement à plus basse intensité) ou l’intensité, en y mélangeant les phases de préparations mentales et stratégiques.

Ensuite, et c’est une bonne chose, les entraîneurs parsèment des périodes supplémentaires de congés ici et là pendant la saison estivale afin de donner un peu de repos en vue des gros mois de l’hiver.

Donc typiquement, oui ils sont en forme à ce stade-ci. Pas en forme de compétition, mais plutôt en forme adéquate pour affronter le reste de la saison en santé avec le bagage nécessaire pour y compléter des phases plus spécifiques aux compétitions. Un athlète mal préparé en saison estivale risque fort de peiner à terminer la saison sans tomber dans le surentraînement. Tout est dans le timing et le dosage.

Ne vous laissez pas avoir par la dernière photo Instagram de vos patineurs préférés dans les Bahamas ou les Hautes-Laurentides à bord d’un kayak perdu dans les bois. Ils n’ont pas passé les derniers mois de canicule à parcourir la planète. Ils se sont entraînés six jours sur sept, trois fois par jour, comme de vrais passionnés qui rêvent un jour d’accéder à la plus haute marche du podium aux olympiques. C’est la seule recette pour y arriver.

Alors si vous avez la chance de faire du « small talk » avec un patineur devant une IPA trop houblonnée sur une terrasse bondée d’un quartier cool (ou pas), profitez-en pour lui demander s’il a hâte aux compétitions. Je parie que la réponse sera passionnante.

Francois-Louis Tremblay

Francois-Louis Tremblay

Chroniqueur - surglace.ca

Patineur de vitesse courte piste à la retraite depuis 2013. Il a participé aux Jeux Olympique de 2002, 2006 et 2010. Il est l’homme le plus médaillé de l’histoire des jeux d’hiver ex aequo avec Charles Hamelin et Marc Gagnon avec 5 médailles.