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Ah le temps des fêtes. Ce moment où inévitablement, lors d’un souper en famille ou entre amis, un sujet discuté viendra vous faire friser les oreilles. Personnellement, le sujet qui me fait sauter un beat cardiaque revient habituellement aux alentours du mois de juillet pendant le tour de France. Exception cette année, ce sera pendant le temps des fêtes puisque la Russie a récemment défrayé les manchettes, et vous savez pourquoi. J’ai nommé le chaleureux et léger sujet du dopage dans le sport. Bonne et heureuse lecture à tous.

À moins que vous ne viviez en mode coureur des bois depuis quelques semaines, vous avez probablement lu quelque part que la Russie a été disqualifiée du mouvement olympique pour les quatre prochaines années, accusée d’avoir falsifié des données de contrôles antidopage. À la lecture de cette nouvelle, certains d’entre vous se sont dit l’une ou l’autre des affirmations suivantes :

  1. « Rien de nouveau sous le soleil. Ils sont tous dopés de toute façon. »

Ou

  1. « À quoi bon s’acharner, pourquoi on ne les laisse pas se doper? Que le meilleur (ou le plus dopé) gagne! »

Lorsque j’entends la première affirmation, je ne sais jamais comment réagir. Parce que non, « ils » ne sont pas « tous » dopés. Et quand tu dis « ils sont dopés », tu parles de qui au juste? Des Russes? Des athlètes d’un sport en particulier?  Ou encore pire, de tout le monde ayant participé aux Olympiques, tous pays et sports confondus?

Mais aujourd’hui je vais être clément avec toi et je vais assumer que t’as lancé ça de même sans trop te poser de question. Je me suis sûrement dit le même genre de futilité gratuite sur les participants d’OD. Et j’ai tort. Mais j’ai dit ça sans trop penser… comme toi. On est égal. On a jugé, mais ce n’était pas méchant, et dans le fond on ne le pensait pas vraiment.

Penser que tout le monde se dope, c’est comme penser que personne ne paie ses impôts. Il est vrai que certains ne le font pas, mais si tu penses ça, c’est peut-être que le vino cheap que t’as acheté au dep en t’en venant t’as monté au cerveau. En réalité, on est une maudite gang qui trouve que de gagner propre, au prix de tous les sacrifices que tu dois vivre en tant qu’athlète, ça apporte une satisfaction que rien ne peut acheter. Ni l’argent, ni la corruption, ni la dope. Et comme pour ceux qui paient leurs impôts, on dort bien la nuit. Je le conseille à tous.

À ceux qui se sont dit la 2e affirmation. Le reste du texte vous concerne.

Pourquoi ne pas laisser tous les athlètes se doper? J’ai déjà entendu ceci : « Je veux voir jusqu’où le corps humain peut se rendre. »

Bon… respire FL. Par où commencer ?

Je commencerais en te disant que la santé d’un athlète c’est important. Surtout parce qu’une fois à la retraite, il va lui rester possiblement 40 et 50 ans à vivre (ou plus!?), et ce, si possible, en bonne santé. Ça peut être long, le reste d’une vie. Parce que si t’es rendu stérile à 30 ans, tu vas y repenser longtemps à ton maudit podium que t’as gagné doper. Parce que si tes tendons sont tellement usés que t’es même plus capable de jouer au hockey balle dans la ruelle, c’est qui le champion? Parce que vivre avec une maladie cardiovasculaire le reste de ta vie, ce n’est pas exactement l’image que tu te fais de la gloire.

Les athlètes ne sont pas des animaux de cirque. Ils auront une vie après t’avoir donné un show. Y avais-tu pensé à ça?

Un athlète propre qui s’entraîne à l’année fera face à des entraînements douloureux, de la fatigue, des courbatures, des doutes et une tonne de conseils portant sur le meilleur ratio protéines / glucides dans ses « shakes » bios. Surtout ne pas oublier de boire l’eau suffisamment! Chaque matin, il sentira le poids de l’entraînement de la veille lui peser dessus. Un peu fatigué, mais aura un peu progressé. Un pas vers l’arrière, deux pas vers l’avant. Tout est dans le dosage. C’est du « fine tuning » à l’infini.

L’athlète dopé aussi fera face à des entraînements douloureux. C’est tout. Absolument rien du reste. Pas de cycle de fatigue à gérer, pas de surentraînement, etc. Chaque matin, le corps aura récupéré et sera prêt à l’amener au prochain niveau. Deux pas vers l’avant… aucun vers l’arrière. Pas besoin de compter tes grammes de protéines. En quelques mois l’athlète aura progressé de manière monstrueuse.

Mais il ne faut pas se mettre la tête dans le sable. Le dopage est plus que jamais présent dans le monde du sport et la disqualification de la Russie est totalement justifiée si les allégations s’avèrent vraies. Le dopage vol des athlètes propres non seulement de la visibilité qu’une victoire leur permet, mais aussi du moment de gloire tant rêvé qu’ils n’auront jamais. Sentir le vrombissement d’une foule en extase écraser ton cri de joie en passant la ligne d’arrivée, ça n’a rien de comparable avec recevoir une médaille par la poste 8 ans plus tard parce les 6 athlètes devant toi ont finalement testés positif. Ce moment ne reviendra jamais.

Financièrement, les commanditaires ne t’enverront jamais la faramineuse somme qu’ils t’auraient confiée pour apparaître dans une publicité de crème hydratante. La voiture que t’aurait commanditée le dealer local, finalement tu l’auras payée. Les conférences lucratives que tu aurais pu faire ne te seront jamais proposées. Celui qui a bénéficié du dopage pendant des années, même attrapé sur le tard, aura investi ses précieux dollars depuis longtemps. Et quand la grogne générale se sera calmée, il pourra écrire un livre sur l’enfer qu’il a vécu (en évitant de parler des $ qu’il a en banque et son absence d’hypothèque pour le reste de sa vie) et on l’invitera à tout le monde en parle, cachet en poche, nous expliquer pourquoi il regrette ses choix avant de quitter à la pause sous les applaudissements de la foule conquise.

Quant à la fierté d’avoir gagné de manière propre, ça vaut plus que tout ce que peut rapporter une victoire à la triche. Le pouvoir de regarder quiconque dans les yeux et dire honnêtement, « j’ai gagné propre », n’appartient qu’à ceux qui ont eu le cœur de prendre le chemin long. Et même si finalement, cette médaille d’or tu ne la gagnes pas (au sens propre ou figuré), pose-toi cette question : cette médaille d’or dopée, cette promotion non méritée, ce magot volé, serais-tu fier d’en raconter l’histoire à tes enfants…? Ou simplement, dirais-tu la vérité?

C’est ce que je croyais.

Bon et heureuse année à tous. On vous en souhaite une propre!

Francois-Louis Tremblay

Francois-Louis Tremblay

Chroniqueur - surglace.ca

Patineur de vitesse courte piste à la retraite depuis 2013. Il a participé aux Jeux Olympique de 2002, 2006 et 2010. Il est l’homme le plus médaillé de l’histoire des jeux d’hiver ex aequo avec Charles Hamelin et Marc Gagnon avec 5 médailles.

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