« As-tu commencé l’entrnement pour ton tournoi? » Cette question, on l’entend souvent quand on est un patineur de vitesse. On peut passer ça sur le dos du fait qu’au Québec, la culture du hockey l’emporte souvent sur le reste. Comme patineur, on s’y habitue. Un tournoi, c’est comme ça que s’appelle au hockey, une compétition. En patinage de vitesse, ça s’appelle … une compétition!

En ce mois d’août, voici un guide pour vous outiller davantage dans le but de faire du « small talk » avec votre interlocuteur patineur de vitesse sans le faire tiquer du coin de l’œil en soupirant poliment un « oui ». Alternativement, vous pourriez opter pour : « Comment va l’entraînement en vue de tes compétitions? »

Parce qu’il faut aussi savoir qu’au mois d’août, ils ne font pas que commencer à s’entraîner. La réalité est plutôt que les entraînements ont commencé il y a quatre mois! Au fait, quelques-uns d’entre eux ne sauraient vous dire s’ils ont commencé l’entraînement au mois d’avril 2019, ou de quelle année. Le hiatus de deux semaines qu’ont historiquement bénéficié annuellement les patineurs de l’équipe nationale peut, selon la personne, faire figure de simple interlude dans les multiples phases d’entraînement, ou de réelles vacances entre deux saisons.

Donc, en août 2019, Charles Hamelin a-t-il commencé son entraînement en vue des compétitions pour la saison? Oui, en 2005…

De manière plus sérieuse cette fois, à cette période de l’année, les patineurs sont-ils en forme de compétition oui ou non? Un patineur de l’équipe nationale commence typiquement l’année avec une période de 2 semaines à 1 mois de vacances à la suite de la dernière compétition de l’année (les championnats du monde pour les meilleurs au pays). Cette période se situe normalement fin mars ou début avril. Donc ceux qui rêvaient d’aller faire le tour des festivals au Québec pendant leurs vacances, faudra changer de carrière. On est ici plutôt dans les cabanes à sucre et les visites en familles pour profiter de ce qui reste du ski de printemps.

Le temps de se refaire une santé mentale à la hauteur de ce qu’on attend d’un athlète olympique (i.e. être capable de s’entraîner 10 x fois plus que ton voisin qui se vante d’avoir réussi son demi-marathon sans pour autant compter les dodos avant ta prochaine journée sans avoir mal aux jambes) et faire le plein d’amitiés laissées de côté pendant 11 mois. Puis hop. L’entraînement recommence. Celui-ci sera modulé selon les différents cycles d’entraînement, soit axé sur le volume (de très long entraînement à plus basse intensité) ou l’intensité, en y mélangeant les phases de préparations mentales et stratégiques.

Ensuite, et c’est une bonne chose, les entraîneurs parsèment des périodes supplémentaires de congés ici et là pendant la saison estivale afin de donner un peu de repos en vue des gros mois de l’hiver.

Donc typiquement, oui ils sont en forme à ce stade-ci. Pas en forme de compétition, mais plutôt en forme adéquate pour affronter le reste de la saison en santé avec le bagage nécessaire pour y compléter des phases plus spécifiques aux compétitions. Un athlète mal préparé en saison estivale risque fort de peiner à terminer la saison sans tomber dans le surentraînement. Tout est dans le timing et le dosage.

Ne vous laissez pas avoir par la dernière photo Instagram de vos patineurs préférés dans les Bahamas ou les Hautes-Laurentides à bord d’un kayak perdu dans les bois. Ils n’ont pas passé les derniers mois de canicule à parcourir la planète. Ils se sont entraînés six jours sur sept, trois fois par jour, comme de vrais passionnés qui rêvent un jour d’accéder à la plus haute marche du podium aux olympiques. C’est la seule recette pour y arriver.

Alors si vous avez la chance de faire du « small talk » avec un patineur devant une IPA trop houblonnée sur une terrasse bondée d’un quartier cool (ou pas), profitez-en pour lui demander s’il a hâte aux compétitions. Je parie que la réponse sera passionnante.

Francois-Louis Tremblay

Francois-Louis Tremblay

Chroniqueur - surglace.ca

Patineur de vitesse courte piste à la retraite depuis 2013. Il a participé aux Jeux Olympique de 2002, 2006 et 2010. Il est l’homme le plus médaillé de l’histoire des jeux d’hiver ex aequo avec Charles Hamelin et Marc Gagnon avec 5 médailles.